Anecdote n°1

Une soirée humide
Après le 11 septembre 2001
L'équipe au travail
 
L'équipe au travail

Cormanville 2001


Comme tous les ans, une célèbre entreprise de semences que nous avions comme client, mettait en scène dans un champs de maïs, la qualité de ses graines passées et à venir.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec toute une équipe dans la clairière d’un champ de maïs dont la plantation vue du ciel dessinait la carte de l’Europe.
Il faisait très beau, il y avait du monde, un magnifique chapiteau avait été dressé pour les festivités et le repas du soir ; nous devions assurer le multicam, la sonorisation et les lumières.

Très vite, était-ce dû à la proximité de 11 septembre 2001, un ULM affrété pour prendre des photos et des vidéos et de la hauteur sur l ‘événement, s’écrasa comme un fruit mûr dans le champ de maïs. Après un suspense insoutenable, le pilote et le photographe sortirent penaud mais indemne de l’accident. Je n’ai jamais su quel état de l’Europe avait été rayé de la carte par cet aéronef fou. La proximité du 11 septembre avait rendu les gens nerveux et curieux des engins volants. La gendarmerie fut alertée par un témoin oculaire du drame. Il n’y avait pas eu de demande d’autorisation de vol, le responsable de l’entreprise de communication qui supervisait l’ensemble de la manifestation pour le compte du semencier se cachait dans les maïs, ne voulant pas parler aux forces de l’ordre. Son cauchemar ne faisait que commencer.

Ensuite tout se déroula bien jusqu’à l’apparition, au loin, de nuages noirs. L’orage s’approchait, personnellement je n’avais jamais vécu d’orages beaucerons. Il se déclencha lorsque les convives dégustaient tranquillement leur apéritif. En ville cet orage aurait été sans importance, mais à Cormainville, au milieu des champs de la Beauce, cela devint épique.
Très vite la sono ne supporta plus les surtensions, pendant 20 minutes, l’image ne fut pas synchrone avec le son, l’eau coulait au pied des convives pendant que Loïc Perron expliquait les joies de la mer à des paysans qui se demandaient s’ils n’allaient pas repartir à la nage.
Inquiet de la suite des opérations, j’allais interroger l’un des responsables de communication de l’entreprise de semence, je me souviens encore de sa réponse 8 ans plus tard « il va s’arrêter de pleuvoir, car sinon cela va être le déluge et cela n’existe pas le déluge » rassuré par une réponse aussi évidente, nous continuâmes notre travail jusqu’à la fin de la soirée.

L’aventure commença réellement à cet instant ; les champs aux alentours étaient devenus une mare aux canards, remplies, de 40 cm d’eau. Il fallait rentrer le matériel dans le camion et puis sortir les voitures de ce véritable bourbier.
De nombreux agriculteurs étaient venus avec femmes et beau costumes du dimanche, ils disparurent dans la nuit et la boue ; un car se coucha sur le côté, fatigué sûrement de patiner dans la mélasse. Les responsables de l’entreprise étaient rouges de colère, leur soirée étaient tombée à l’eau, leur prestige s’était envolé bien mieux que l’ULM du matin, des têtes allaient tomber, il n’y avait pas de doute sur l’issue de ce massacre.
Après 4 heures de péripéties vaseuses, nous sortions tous du champ en direction d’Orléans sur l’autoroute A10 à 60 kilomètres à l’heure. Au dessus de cette vitesse, nos voitures tremblaient comme un fauteuil dans une attraction du Futuroscope.
Arrivé à l’hôtel, surexcités, nous nous jetions sur les alcools des mini-frigos de nos chambres.

Fin de l’histoire et fin de nos aventures événementielles avec ce semencier. Je n’ai jamais rediscuté réellement du fiasco de cette soirée avec les responsables, sur l’utilité même de ce type d’animation, mais nous venions de vivre les premiers effets du réchauffement climatique en direct, dans un champ de la Beauce, entourés par ceux qui avaient le plus à perdre de ces bouleversements.

Joël Gorin